La masculinité comme don de Dieu
Ce que nous sommes dans notre corps dit ce que nous sommes appelés à être dans notre vocation. Ce qui nous caractérise comme hommes, que nous indiquent justement nos attributs masculins, c’est que nous sommes habités d’une puissance. Elle peut même parfois nous emporter, nous faire chuter, être le lieu de notre péché, mais notre masculinité n’est pas un fardeau ou quelque chose dont nous devrions accepter d’être accusés, elle est d’abord un don de Dieu, bénédiction, une grâce à recevoir et à donner.
Adam finalement n’a pas encore le décodeur tant qu’il n’a pas vu la femme, Ève. Son attribut masculin est encore insensé. Il n’atteint sa masculinité que parce qu’il y a la femme, cette altérité différente de lui, mais si proche, si assortie à lui. La première parole que nous entendons de lui dans la Bible c’est une immense exclamation, c’est « Waouh ! » en hébreu dans le texte.
Face à la femme, il est émerveillé. Et dans ce waouh, il y a un eurêka, c’est à dire « je comprends ». « Je comprends qui je suis » ; pourquoi j’ai cette puissance, mon être d’homme, enfin cette puissance prend sens. Fondamentalement le sens c’est la finalité. La vocation de la femme c’est d’amener le sens des choses.
L’homme a une puissance qui lui est donnée pour se mettre au service de ce qui est beau. Peu de choses se seraient faites dans ce monde sans la puissance masculine. Il faut que cette puissance soit employée pour le bien commun, pour la communion.
Il y a des blessures masculines, en particulier quand la puissance est comme empêchée ou interdite quand elle est accusée, un homme écrasé, humilié dans son enfance, instrumentalisé va finalement renoncer à sa puissance, donc à son identité.
Nous avons tous attendu un jour de notre papa qu’il nomme notre puissance, qu’il mette des mots, qu’il dévoile la puissance qui nous habitait. Et nous avons potentiellement tous été blessés, soit parce que notre puissance a été refoulée, si on a été par exemple brutalisés ou par carence de bénédiction.
Notre puissance n’a pas été bénie. C’est un péché par omission. Les papas qui ne nomment pas la puissance de leurs garçons, qui quand ils voient un bulletin de notes commencent à dire « t’as une sale note en maths ». Ceux-là c’est des boulets! Qu’ils nomment la puissance. « Waouh, tu es bon là-dessus, j’aurais bien aimé être aussi talentueux à ton âge ».
Et nous nous souvenons tous des compliments que notre père nous a faits. Notre enjeu masculin, c’est notre puissance. Le travail de l’éducation d’un garçon, c’est, une fois qu’on a béni cette puissance, de l’aider à l’employer de manière belle et grande.
Bénir quelqu’un, c’est nommer le bien qui est en lui. En le nommant – cette parole est performative -, on le fait encore plus exister. Chaque fois que nous avons reçu une parole qui a nommé un bien en nous, il s’est encore plus dilaté. Le premier acte que Dieu a posé sur l’homme et la femme, c’est « il les bénit ».
Il y a une résistance physique à bénir l’autre, l’enfant ou le conjoint. Nous sommes avec notre armure, il y a quelque chose à muscler, là, comme ceux qui font leurs tractions le matin. Nous, les hommes, avec notre gaucherie avons à apprendre à bénir.
Le prototype de la nécessité impérieuse de bénédiction est l’acte éducatif. Cela suppose de prier la personne, d’apprendre à la regarder avec le regard de Dieu. On peut dire à sa fille: « oh t’es ravissante» c’est flatteur, mais nommer ce qu’il y a de beau en elle, quelle est la grâce véritable, la lumière qu’elle apporte, l’éclat qui est le sien, c’est autre chose comme acte.
Tout homme masculin est appelé à être le relais de la bénédiction du Père et à se déployer lui-même en bénissant au nom du Seigneur. Ce faisant, que nous soyons célibataires ou pas, que nous ayons des enfants ou pas, nous sommes des relais de la paternité de Dieu, source de toute paternité.
Notre axe spirituel et missionnaire de cette marche est l’accueil des nouveaux baptisés. On se réjouit tous de voir qu’enfin, nous avons comme souci d’avoir trop de monde. il va falloir élargir l’espace de notre tente, – c’est une phrase d’Isaïe – que parmi tous ces nouveaux baptisés aussi, nous leur annoncions la bonne nouvelle de la masculinité.
La foi nous rend un juste regard sur notre masculinité et un juste regard sur la féminité. Jésus restaure cela aussi en nous. La foi opère une conversion qui descend jusque dans la sphère de l’intime, petit à petit, la lumière de Dieu visite toutes les pièces de la maison. Le nouveau baptisé, par la puissance de la grâce de Dieu, apprend à découvrir la beauté qu’il y a à être homme ou être femme.
Dans vos chapitres n’hésitez pas à inviter les catéchumènes et rappelez tous les baptisés des années précédentes. Allez les chercher ! Laissez-vous bousculer aussi par ceux-là, et faites-les s’inscrire dans cette démarche large et belle de la marche de Saint-Joseph, qui leur sera profitable et qui vous, sera profitable.
Et dans nos chapitres, tous ces hommes vont demander à Dieu qu’ils ressortent en étant encore plus bénis et donc heureux d’être ce qu’ils sont, et que les épreuves de leur existence qui viennent peut-être les faire douter de leur masculinité, de leur bonheur, de leur puissance (on sait combien le chômage, la maladie, les épreuves de l’existence peuvent nous affecter) n’occultent pas la bénédiction qu’il y a à être homme.
Peut-être est-ce cela que nous pouvons désirer pour nos pèlerins, qu’ils ressortent bénis, avec cette paix intérieure, cet alignement sur son identité, cette joie d’être homme.